J'avais lu il y a quelques années déjà, son récit d'analyse de la société Ashuar chez les Indiens d'Amazonie (Les lances du crépuscule) et j'avais été saisi par cette lecture, y trouvant la source rafraichissante d'un retour sur nos catégories de pensée inconscientes. Interpellé par les Transhumains qui désignent un au-delà de l'humain, j'ai souhaité relire quelques passages de ce livre et voir où en était Philippe Descola dans sa pensée. J'ai découvert ainsi en naviguant sur le Net quelques documents sonores tout à fait intéressants (voir les référence en bas du billet) permettant de remettre en perspective cette question du principe d'humanité dans les cosmologies du monde (pour une présentation rapide de ce travail toujours en cours de Philippe Descola voir le billet de Delphine Baillergeau dans son blog "Quatre schèmes d’identification".

Comment se pose aujourd'hui la question des rapports entre la nature et la culture d'un point de vue anthropologique ? Pendant longtemps, les préjugés ethnocentristes des Modernes ont empêché de voir que la cosmologie qui s'est mise en place au cours du XIX ème siècle (séparation entre une nature universelle et des cultures humaines contingentes) n'est que l'une des modalités possibles pour décrire les structures du monde et qu'elle ne saurait donc être prise comme étalon afin d'appréhender la manière dont d'autres civilisations conçoivent les rapports entre humains et non-humains.

Dans cette présentation de la première conférence de Philippe Descola à la Cité des Sciences du mercredi 1er décembre 2004 sur "les natures du monde" , on comprend tout l'intérêt du propos pour saisir en quoi le principe d'humanité pourrait bien être qu'un principe central dans notre pensée occidentale moderne, sans commune mesure avec les manières de penser l'humain et le monde dans d'autres cultures distantes (géographiquement et temporellement). Dès lors une question se pose - qui me taraude - au nom de quelle vérité, dénoncer le Transhumanisme qui appelle à un post-humain comme moyen de sauver l'humain ? alors que d'autres dont je ferais plutôt partie ont le vague sentiment que le Transhumain est une négation ou une perte radicale de notre humanité ? Autrement dit, si pour les Ashuar, les plantes et les animaux peuvent être foncièrement des humains-non humains doués d'une véritable sociabilité en correspondance avec leur propre société humaine spécifique, pourquoi les Post-humains-cyborg ne pourraient-ils pas eux-aussi appartenir à l'humanité et développer une sociabilité tout autant valide que celle de l'homme simplement moderne ? Un certain relativisme culturel incline à cette tolérance et à revisiter notre principe d'humanité en renonçant au caractère intangible qu'on voudrait lui donner.
Je vous avoue que j'en suis là de mes réflexions ; donc bien loin d'une réponse claire à ma question ; faute sans doute de bien formuler la question ? Je vous laisse donc avec cette question : je vais poursuivre mes lectures et ma réflexion, que les plus fidèles de ce blog, verront alors peut-être se forger un peu mieux...

Juste une piste sur laquelle je suis pour fonder mon humanisme : Philippe Descola fait la remarque qu'il est particulièrement difficile de sortir de sa propre cosmologie. Alors que le relativisme culturel est un trait fondateur de l'éthnologie moderne, il constate que nombre d'éthnologues ont encore du mal à penser que les manières de se représenter le monde dans un autre registre que celui du rapport Nature/culture sont aussi valides que celle de notre naturalisme occidental. Dès lors, soit le Transhumanisme correspond à une autre cosmologie émergente dans notre société naturaliste appeler à la remplacer...et la question d'une discontinuité dans l'intériorité entre l'humain et le cyborg disparait du même coup. Mais du coup la philosphie transhumaine devenue alors dominante verserait dans une cosmologie de type "totémique" (Continuité des intériorités et des physicalités pour reprendre les catégories d'analyse de Philippe Descola). J'avoue qu'il ne s'agit là que d'une vague hypothèse, difficile à poser clairement encore pour moi. Le monde post-moderne serait partagé en tribus Cybernétiques (intériorité similaire entre l'homme et la machine pensante - physicalité similaire par le partage des composants matériels)...Mais dans cette cosmologie que faire des humains résiduels - non transformés ? Quelle est leur place alors dans le monde cybernétique ? Ne deviennent-ils pas la classe dominée des perdants appelée à disparaitre progressivement ?

Bon assez de questions pour aujourd'hui :Q

Juste pour finir les références promises :